Le lymphome non hodgkinien est-il un cancer rare ?

Avec une incidence de 41 pour 100 000, le cancer non hodgkinien est en France un cancer relativement fréquent chez les hommes comme chez les femmes.


On lit souvent sur les réseaux sociaux et parfois dans la presse que le lymphome non hodgkinien (LNH) est un cancer rare, voire très rare. C’est l’occasion d’une petite mise au point à partir des données des registres du cancer du réseau Francim compilées par les Hospices Civils de Lyon, Santé publique France et l’Institut National du Cancer.

Un cancer « extrêmement rare »

On trouve sur Twitter un nombre conséquent de tweets qui s’appuient sur l’affirmation que le LNH est un cancer rare pour mener leur raisonnement.

Petit florilège :

Quelques tweets qui laissent penser que le lymphome non hodgkinien est rare ou rarissime.

A la décharge de ces twittos, l’idée que le LNH est un cancer rare ou très rare est tellement commune qu’elle touche aussi ceux qui voudraient alerter sur les produits qui la favorisent, réduisant considérablement l’intérêt même de l’alerte.

Ainsi Le Monde affirme qu’il s’agit d’une « forme rare de cancer du sang » dès le premier paragraphe d’un article rendant compte d’une méta-analyse sur l’association glyphosate / LNH :

« C’est le dernier épisode en date du feuilleton scientifique sur le glyphosate. Selon une nouvelle étude publiée la semaine dernière, le risque de développer un lymphome non hodgkinien (LNH), une forme rare de cancer du sang, est accru de 41 % pour les travailleurs les plus exposés. Inventé par Monsanto, l’herbicide vendu sous le nom commercial de Roundup est aujourd’hui le plus utilisé au monde. »

Le Monde : Glyphosate : une étude montre une nette augmentation du risque de lymphome

L’Opinion, dans un article qui assimile les études scientifiques sur les risques du glyphosate à un combat politique ou idéologique et omet de signaler les risques pour la santé des agriculteurs, force le trait et qualifie cette fois le lymphome non hodgkinien de « rarissime » :

Les cohortes d’agriculteurs étudiés par la Mutualité sociale agricole (Agrican sur 180 000 personnes) et AHS (50 000 agriculteurs sur vingt ans, aux Etats-Unis) ne montrent pas de risques accrus de cancers chez ceux qui sont pourtant exposés au glyphosate au premier rang, sauf sur une forme rarissime de lymphome.

L’Opinion : Glyphosate: radiographie d’une intoxication collective

28 000 nouveaux cas en France en 2018

En réalité, le LNH est en France le 4ème cancer par nombre de cas pour les femmes comme pour les hommes1 2. Pour les femmes, seuls les cancers du sein, du côlon et du poumon sont plus fréquents que le LNH. Pour les hommes, seuls les cancers de la prostate, du poumon et du côlon précèdent le LNH.


Nombre de cas de cancers estimés en 2018 à partir des registres du cancer, en France, classé par nombre de cas. Les intervalles de confiance sont disponibles dans la référence 1.
* Les cas de cancer de la prostate sont ceux de 2015.

Le lymphome non hodgkinien se situe donc, malheureusement, dans le quarté de tête des cancers incidents en France dans la population générale. A noter que l’impact du tabac sur le cancer du poumon est tel que pour une population qui n’a jamais fumé3, le LNH devient le cancer n°3.

Loin d’une forme « rare » ou « rarissime » de cancer, le LNH et ses 27 647 cas estimés en France en 2018 fait donc partie des cancers communs, avec une incidence nettement supérieure à celle, par exemple, du mélanome de la peau ou du cancer du col de l’utérus. Pour les femmes notamment son incidence est proche de celle du cancer du poumon, avec respectivement 12 109 et 15 132 cas estimés.

De plus son incidence est en progression. Corrigée du vieillissement de la population, elle connaît en effet une augmentation de 33% entre 1990 et 2018. Certains y verront un espoir : la possibilité de retourner à l’incidence beaucoup plus faible des années pré-1990, sous réserve bien sûr d’identifier les causes de la croissance de ce cancer du sang puis de légiférer en conséquence.

Évolution du TSM (taux d’incidence normalisé monde) du LNH entre 1990 et 2018 (ref. 1, p. 159). Le TSM représente l’incidence qu’aurait la maladie en France si la distribution des âges en France était semblable à la distribution des âges dans le monde.

Sources de confusion

Plusieurs facteurs peuvent expliquer l’existence de l’idée selon laquelle le LNH serait un cancer rare. D’abord l’incidence de cette maladie est rapportée sur internet d’une façon incomplète et inconsistante. Googlez